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Les comptes rendus de lecture de livres dont l'auteur est marqué d'un ° seront publiés dans le tome II du Petit Guide de lecture à paraitre en 2026

Les livres sont évalués sur une échelle de 1 à 4 astérisques *

Nicolas BOUVIER

Chroniques japonaises

***

                                                                      

        Extraordinaire Bouvier. Chacun de ses livres surprend et ravit autant que les précédents, ce qui n’est pas peu dire. Seul l’état de lâcher-prise dans lequel il a fait son voyage d’ascète peut procurer cette liberté de pensée et de parole, cette originalité, au sens étymologique du terme, digne d’un maître zen et marque des poètes. Comme le dit fort bien l’auteur de la 4e de couverture, « son écriture fait de nous des visionnaires (j’aurais plutôt écrit des voyants », au sens rimbaldien) par procuration auxquels il arrache des râles de plaisir ».

 

 

Ryszard KAPUSCINSKI

Le Shah

*** 1/2

                                                     

         Pris dans la tourmente du renversement du shah, le grand reporter en démêle les raisons et démonte magistralement les ressorts du pouvoir despotique. Remarquable, vivant, comme toujours, Kapuscinski ne mâche pas ses mots et se distingue par ses talents d’observateur (son portrait de Khomeyni dans les premières pages donne froid dans le dos), l’intelligence de ses réflexions, politiques notamment, et sa hauteur de vue qui lui permet de dominer le sujet. Lecture fort à propos après celle de Chaka, de Thomas Mafolo : même ambition dévorante et soif inextinguible du pouvoir, même complexe de supériorité (jeu du « moi suprême », qui rappelle immédiatement Moi le Suprême de Roa Bastos), mêmes méthodes (répression, police, terreur), même besoin d’être adulé, même culte de la personnalité, même volonté de ne perdre la face à aucun prix, mêmes horreurs. Ses considérations sur la résistance passive du peuple iranien montrent peut-être la voie pour se débarrasser du capitalisme mondialisé*. À noter sa fine description du moment où, soudain, tout bascule dans la révolution**. Passionnant et terrible. Donne envie de lire Le Négus, réputé être son second chef-d’œuvre.

 

* « Tantôt ils font appel à la tactique de la résistance passive qu’ils appliquent de manière particulièrement cohérente et radicale. Quand il ne peut plus supporter le pouvoir, quand il ne peut vraiment plus le tolérer, le pays tout entier s’immobilise, le peuple tout entier disparaît comme s’il était englouti dans les profondeurs du sol. Le pouvoir donne des ordres, mais il n’y a personne pour les exécuter ; il fait les gros yeux, mais personne ne le regarde ; il élève la voix, mais c’est pour crier dans le désert. Alors il s’effondre, tel un château de cartes. » (p. 133)

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